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Ce que le public n'a pas vu de l'Apolline Fest

Le salut final de l’Apolline Fest 2026, une trentaine d’élèves sur scène

Deux jours, vingt-deux personnes, deux cents élèves, et une nièce de six ans

Sept heures du matin, le samedi 20 juin. Juin a été brûlant cette année, et malgré l’heure il fait déjà assez chaud pour qu’on transpire en déchargeant les instruments devant les Ateliers de la Côte, à Etoy, encore déserts. Il faut monter les scènes, installer les décors, câbler et tester le son, puis enchaîner les répétitions générales. De cette journée-là, le public de l’Apolline Fest ne verra rien, et c’est très bien ainsi : elle représente pourtant la moitié du travail.

Le lendemain, dimanche, nous sommes tous sur place à huit heures.

La scène qu’on offre le matin

Les premiers élèves arrivent longtemps avant l’ouverture des portes, et c’est délibéré : chez nous, un élève de musique monte une première fois sur scène le matin, simplement pour se faire la main, avant le vrai spectacle de onze heures. Cela nous coûte une heure d’organisation dans une journée qui n’en compte pas de trop, mais un enfant qui a déjà senti le plateau sous ses pieds n’y remonte pas de la même manière.

Pendant que nous accueillons les élèves, leurs parents et leurs proches, les dessins des élèves d’arts visuels sont accrochés dès le début de la matinée, et les professeurs de musique s’installent, eux, sur la scène. C’est notre façon de faire : ils accompagnent leurs élèves plutôt que de les écouter jouer depuis la salle, et ce jour-là ils y étaient tous.

Un élève de batterie sur scène pendant le spectacle de musique

Le spectacle de musique, dimanche matin, aux Ateliers de la Côte.

À onze heures, je me suis assis pour la première fois depuis la veille.

On imagine volontiers que, le jour du spectacle, le trac appartient aux enfants. C’est incomplet. Nous savons qu’ils l’ont, et c’est précisément pour cela que nous l’avons davantage encore : une année entière de travail se joue en quelques minutes, on voudrait tellement que cela se passe bien pour eux, et à cet instant on ne peut plus rien faire. Je crois que chacun de mes collègues enseignants vous dirait la même chose. Ce trac-là, nous le partageons.

Une heure pour changer le plateau

Entre 12h45 et 13h45, le public a pu croire que nous déjeunions.

En réalité, un spectacle de musique laisse derrière lui une quantité considérable de matériel qu’il faut démonter en temps record, afin d’installer le décor du théâtre, d’accueillir les comédiens assez tôt pour qu’ils prennent leurs marques, et de rendre la salle aux spectateurs à l’heure annoncée. Une heure pour tout cela, c’est peu.

« Ils m’ont bluffé »

L’après-midi appartenait à deux troupes : celle d’Yverdon avec Jean-Claude, celle d’Etoy avec L’Affaire Poliakoff, près de cinquante minutes chacune. Un spectacle complet, donc, et non la petite forme que l’on attend parfois d’une fin d’année. Je les ai regardés en me faisant une réflexion que je n’avais pas anticipée en arrivant le matin : j’aurais payé ma place.

Deux comédiens en scène lors du spectacle de théâtre

Les comédiens en scène, dimanche après-midi.

Mirko Rochat, qui les a mis en scène et les a fait travailler toute l’année, est venu me trouver après la représentation. Il m’a dit trois mots : « Ils m’ont bluffé. » Nous étions d’accord.

Olympe a six ans, et c’est ma nièce

Autant l’écrire franchement : Olympe est ma nièce. Elle a six ans, et le 21 juin elle est montée sur une scène pour la première fois de sa vie.

En septembre, nous avions hésité à l’inscrire en comédie musicale : sur le papier, elle avait quelques mois de moins que le reste du groupe. Une date de naissance ne dit pourtant pas grand-chose de ce dont un enfant a envie, ni de ce qu’il est prêt à faire. Nous avons préféré la mettre en situation, avec Melie, et regarder ce que cela donnait au fil des semaines plutôt que de trancher en septembre. Elle a trouvé sa place.

J’étais assis dans le public, côté droit, plutôt vers l’arrière, dans une salle pleine. Je l’ai vue arriver sur le plateau avec les autres, et sourire.

Ce n’est pourtant pas le sourire qui m’a marqué, mais ce qu’elle a gagné entre septembre et juin, et j’ai mis un certain temps à trouver le mot juste. De l’indépendance. Pas de la confiance : de l’indépendance.

Quand je lui ai demandé ce qu’elle avait pensé de sa journée, elle a résumé les choses à sa manière : « J’ai adoré, Melie elle est trop sympa. »

Trente enfants sur scène en même temps

Melie, justement. Pour la première fois, la comédie musicale a réuni une trentaine d’élèves ensemble, autour de La Famille Addams, avec elle et le groupe de Lausanne. Trente enfants costumés et maquillés qui tiennent un spectacle du début à la fin, c’est un aboutissement, et c’est aussi une mécanique redoutable à faire tourner.

Je préfère l’écrire que le taire : nos coulisses n’avaient pas été dimensionnées pour cela. Nous avons atteint la limite de ce que le lieu permet, et cela s’est vu, puisque ce spectacle a été plus rock’n’roll que les précédents. Une journée comme celle-là concentre au même endroit ce que l’école fait sur toute une année : nous étions vingt-deux à la tenir, quatorze professeurs, six bénévoles et deux collègues de l’administration, pour plus de deux cents élèves sur scène ou exposés, et pour leurs familles. C’est le premier point que nous aurons à revoir pour la prochaine édition.

Ce que je n’ai pas réussi

L’exposition d’arts visuels méritait mieux que ce que nous en avons fait.

Les travaux étaient accrochés dès dix heures du matin et sont restés en place toute la journée. En fin d’après-midi, quelqu’un les a photographiés un par un pendant un quart d’heure : cinquante et une images, un koala serrant un ballon de football, une pirogue échouée sur une plage, deux dromadaires dans les dunes, un portrait de profil. Il y avait largement de quoi s’arrêter, et trop peu de monde s’est arrêté.

Une partie des dessins exposés pendant Apolline Fest

Une partie des travaux exposés toute la journée.

La faute n’en revient ni aux élèves ni à leurs professeurs, mais au format, et le format est notre affaire. Accrocher des dessins sur un mur ne fait pas une exposition. Ce que nous cherchons, c’est qu’un élève se retrouve dans la situation de l’artiste qui expose : qu’il choisisse ses pièces, qu’il les accroche, et qu’il puisse expliquer à quelqu’un ce qu’il a voulu faire. Nous allons reprendre ce chantier avec les professeurs d’arts visuels, et les élèves y seront associés.

C’est d’ailleurs ce que je m’applique le plus à pratiquer depuis un an : soumettre nos difficultés réelles à l’ensemble des professeurs. Non pas les difficultés présentables, mais les vraies. Les solutions qui en sortent sont plus justes, et surtout ce sont eux qui les portent ensuite.

Une année pour consolider

Sur l’année scolaire 2025-2026, nous avons accompagné plus de cinq cents élèves chaque semaine et accueilli plus de mille enfants dans les stages de vacances. En septembre, nous avons choisi de n’ouvrir aucun nouveau lieu et aucune nouvelle discipline : nous préférons consacrer cette année à consolider ce que nous faisons déjà plutôt qu’à nous disperser. C’est la qualité des cours qui passe en premier.

Il y a du nouveau malgré tout, et ce sont des personnes. Vaina, Richard et Violette rejoignent les arts visuels ; Mathieu revient à la musique après une année de pause, accompagné d’Anatole et d’Aleksandra.

L’an prochain, nous recommencerons la veille, à sept heures du matin.