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L'écran ne suffisait plus : quand le trait d'Ellie s'affranchit du modèle

L'éclat silencieux du trait

Une mélodie s'échappe d'un atelier voisin, portée par une brise légère qui traverse l'expo de fin d'année en ce 15 juin 2025. Dans les allées de l'ApollineFest, le brouhaha est joyeux, presque tactile : ici, le sol vibre sous les pas d'un spectacle de théâtre ; là, des rires d'enfants éclatent en écho aux accords de musique qui résonnent. Au cœur de cette effervescence, dans la fraîcheur du Rez inférieur du bâtiment, se dresse une galerie éphémère. De grands tableaux blancs, transformés en cimaises pour l'occasion, captent le regard des familles en déambulation.

Sur l’une de ces surfaces immaculées, un dessin semble observer le monde avec calme. C’est l’œuvre d'Ellie.

De l'écran à la feuille

Pour comprendre la genèse de ce coup de crayon, il faut remonter le temps. Il y a un an à peine, le rituel d'Ellie se déroulait dans la lumière bleutée d'un écran. À la maison, son regard scrutait inlassablement des tutoriels vidéo. Elle absorbait des heures de contenus techniques, décortiquant l'anatomie humaine ou la construction des corps, « tout le temps, tout le temps, tout le temps », comme une ritournelle obsessionnelle.

C'est sa mère qui, percevant peut-être le besoin de matérialiser cette curiosité virtuelle, a pris l'initiative de l'inscrire au cours de dessin. Ce fut le passage du pixel au papier, de l'observation passive au frottement du graphite.

La liberté du geste

Dans l'atelier, sous le regard bienveillant de Jérémie, son professeur, Ellie a trouvé un espace à la mesure de sa passion. Le rendez-vous hebdomadaire est devenu un laboratoire. Si les vidéos servent encore de base technique pour le placement d'une main ou la courbure d'une silhouette, elles ne sont plus une fin en soi. Ellie ne copie pas ; elle s'inspire. Elle préfère avancer « toute seule » dans sa création, refusant la simple reproduction pour explorer ses propres compositions.

On l'observe souvent, crayon en main, tester une posture, gommer, froncer les sourcils face à une erreur de proportion, puis recommencer. C'est un dialogue constant entre l'œil et la main. Jérémie est là, non pour imposer, mais pour accompagner ces tâtonnements nécessaires, encourageant cette volonté de comprendre par soi-même.

L'art de l'appropriation

Le dessin exposé aujourd'hui porte les traces d'un défi récent : un concours interne aux multiples épreuves. Il fallait inventer des animaux, esquisser des personnages de manga, ou encore s'exercer à la copie de tableau. Mais Ellie n'est pas élève à suivre les consignes à la lettre sans y apposer sa marque.

Sur le papier, les frontières stylistiques s'effacent. Elle aborde les animaux avec un sérieux presque scientifique, en "mode réaliste", soignant les textures et les formes. Puis, d'un coup de crayon, elle bascule vers l'univers "manga", explorant des figures "chibi" ou des animaux "kawaii".

Ce qui frappe l'observateur, c'est le soin apporté aux détails qui n'appartiennent qu'à elle. Tout ce qu’elle aime finit par trouver sa place sur la feuille. Ici, un personnage arbore des boucles d'oreilles spécifiques ; là, une paire de chaussures Vans habille des pieds dessinés avec précision ; ailleurs, un chapeau ou une montre viennent compléter la silhouette. Elle modifie les couleurs, ajoute des accessoires, s'approprie le sujet jusqu'à ce qu'il devienne indéniablement le sien.

Une présence affirmée

Retour à notre expo. Autour des tableaux blancs de l'espace arts visuels, le mouvement ne faiblit pas. Des parents s'arrêtent, téléphone en main, pour immortaliser les œuvres, encouragés par les enseignants à célébrer le travail accompli.

Au milieu de la musique live et des spectacles qui se succèdent, le dessin d'Ellie offre une halte silencieuse mais bien présente. Il témoigne du chemin parcouru par une enfant de dix ans qui, partie de l'observation solitaire d'un écran, a su construire, trait après trait, un univers où la technique sert avant tout l'expression d'une personnalité unique.