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Un grand frisson, une voix puissante et un mot de la fin : « Cool »

Chronique d'un baptême de scène, entre trac envolé et complicité familiale.

Il est 19h15, ce mardi 28 avril 2026, au cœur de Lausanne. La lumière tamisée du Tacos Bar enveloppe la soixantaine de personnes réunies ce soir-là. Dans l'air, le parfum de la cuisine mexicaine se fraie un chemin à travers le brouhaha constant, ce bruit de fond caractéristique d'un établissement en pleine effervescence. Des verres tintent, les conversations s'entrecroisent et les spectateurs reçoivent leurs premières commandes. Près de la scène, Marc, de l'association Duke's la scène, accueille le public avec l'équipe d’Apolline. C'est le deuxième Open Mic de l'année organisé par l'école.

Au milieu de cette animation, une voix s'élève. C'est le premier passage de Yuhan sur scène, et elle interprète Girl on Fire. En l'écoutant, je suis d'emblée marqué par sa capacité à prendre sa place sur scène avec un tel naturel. Je suis touché par son courage face à ce public « de bar attablé » (bien que composé majoritairement de proches et de parents) et, je dois l'avouer, franchement impressionné par la puissance de sa voix. Lorsqu'elle atteint des notes très hautes, elle éloigne physiquement le micro d'elle-même, d'un geste instinctif, pour éviter que le volume ne sature la salle.

Les applaudissements retentissent. Yuhan rejoint sa table, entourée de sa famille. L'enregistreur est posé entre nous, captant le fond sonore du bar.
« Un deux, un deux. Est-ce que ça s'enregistre ? Voilà, parfait. »

Face à moi, Yuhan, 9 ans et demi, a repris son souffle. Élève à Apolline depuis cette année scolaire, elle ne se contente pas du chant avec sa professeure Sandrina ; elle pratique également le patinage artistique et le dessin. Mais quand je lui demande d'où lui vient cette envie de monter sur scène avec un micro, sa réponse a l'évidence de l'enfance : « J'aime bien juste chanter. » Puis elle précise, cherchant ses mots : « Parce qu'il y a beaucoup de personnes qui chantent et que j'aime bien, alors j'aimerais chanter comme elles. »

Ce talent vocal ne semble pas être un simple héritage familial. Sa mère, présente ce soir, m'assure qu'elle ne chante pas bien. Son père, juste à côté, sourit et qualifie son propre niveau « d'encore pire ».

Pourtant, Yuhan chante depuis longtemps. « Elle est née aux Pays-Bas, elle a commencé à chanter à l'âge de 5 ans. Puis, à 5 ans et demi, elle est montée sur scène pour la première fois, mais depuis, elle n’en avait plus eu l’occasion », raconte sa mère. L'épisode du micro éloigné sur les notes aiguës n'est d'ailleurs pas un hasard de ce soir. Sa mère explique, avec l'hésitation de ceux qui se remémorent un souvenir précis : « C'est parce que c'est la deuxième fois qu'elle chante. La première fois, ici même en janvier, l’ingénieur du son avait dû baisser le volume. On lui a expliqué qu’elle devait diminuer le volume de sa voix. » Yuhan confirme, très pragmatique sur sa propre voix : « Quand je chante vraiment haut, j'éloigne un peu le micro parce que sinon ça serait trop fort. »

Pourtant, malgré cette maîtrise technique impressionnante, Yuhan n'échappe pas à la fameuse boule au ventre avant de monter sur scène. Juste avant d'interpréter cette première chanson, elle confie : « J'étais un peu nerveuse et excitée en même temps. » Mais une fois sous les projecteurs, au milieu de la musique, la peur a cédé sa place. « … la nervosité a disparu, je ne ressentais plus que l’excitation », explique-t-elle.

Son astuce pour faire redescendre la pression ? Chercher un visage familier. Ce visage, c'est celui de son frère. Elle épelle d'ailleurs précautionneusement son prénom pour mon carnet : X-U-A-N. C'est lui qui a filmé sa prestation ce soir. Ce qui l'a aidée à se déstresser, c'est tout simplement de « voir mon frère me filmer. »

Dans sa pratique, Yuhan choisit elle-même les morceaux qui lui plaisent en fouillant sur YouTube. Grande amatrice de Blackpink, elle propose ensuite ses trouvailles à Sandrina. La professeure décrit d'ailleurs son élève avec beaucoup de tendresse, évoquant un humour touchant et une joie de vivre débordante.

L'heure tourne, et le moment du deuxième passage approche. L'ambiance du Tacos Bar ne faiblit pas. Cette fois, Yuhan va interpréter Better When I'm Dancin'. L'appréhension du début de soirée a totalement disparu. Elle se dit « vraiment excitée » et confirme ne plus ressentir de nervosité du tout.

Je demande alors à ses parents l'autorisation de prendre quelques photos lors de ce second passage, ce qu'ils acceptent. Je m'engage à leur envoyer le lien de l'article une fois celui-ci rédigé, pour garder une trace de ce moment partagé.

Juste avant qu'elle ne reparte se préparer sous les lumières du bar, je lui demande ce qu'elle ressent, là, tout de suite. Elle choisit un seul mot : « Cool. »